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Le laboratoire [pv Pierre-Antoine]

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MessageSujet: Le laboratoire [pv Pierre-Antoine] Ven 7 Mar - 6:34




Et si c'était de l'amour que le savant fabriquait
Dans son laboratoire, dans son laboratoire

Sur une échelle de 1 à 10, à combien m'étais-je saoulé? Douze. }Très honnêtement, je ne me rappelais pas de la dernière fois ou je m’étais réveillée dans le même état que ce que j’avais fait en ce matin du début de mars. Je sentais sous ma main la peau chaude de quelqu’un. Ouvrir les yeux ou ne pas le faire. Tel était la question. J’ouvris doucement les yeux et je clignais. Définitivement mon mari était dans mon lit – fallait bien qu’il y ait au moins un truc de clair en ce matin. Un regard en dessous des draps me confirma qu’il était en tenue d’Adam et que j’étais en celle d’Ève. Mes souvenirs de la veille étaient un peu flous… okay! Non! Mensonge numéro 1, ce n’était pas un peu flou. De longs pans de ma soirée manquaient cruellement à l’appel. Entre autre la question sur l’endroit où se trouvaient nos sous-vêtements respectifs. Je le regardais doucement dans le lit. Théodore ne semblait pas vieillir au même rythme que les autres. Des petites ridules commençaient à apparaître sur le coin de ses yeux. Mais ses cheveux ne parlaient pas encore d’expérience. Ils étaient encore aussi bruns que quand je l’avais rencontré. C’était comme ses yeux. J’avais une brève image en ma tête de ses yeux pétillants de désir. Les mêmes yeux qu’il avait quand nous avions commencé à sortir ensemble.

Le réveille-matin sonna. Je le maudis. Il était tellement fort. J’avais mal à la tête. Mal au cœur. La main de Théodore se tendit pour l’éteindre. Je mourrais d’envie de lui poser un tas de questions. Mensonge numéro 2 : J’aurais sérieusement préféré ne pas avoir à lui poser la moindre question étant donné que je ne comprenais pas non plus ce qui s’était passé hier. Je n’avais pas de cours avant l’après-midi. Il avait un cours ce matin. Ce n’était pas une bonne idée de parler maintenant. C’était d’ailleurs une mauvaise idée d’en parler n’importe quand! Mensonge numéro 3 : Il faudrait en parler. Idéalement avant que le chat vienne à sortir du sac devant la psychologue. Mais comme mon mari qui visiblement avait une meilleure tolérance à l’alcool que moi – peut-être aussi avait-il moins bu que moi? Combien de bouteilles avions-nous ouvertes hier? Combien de verre avais-je pris? Ma foi… d’autres très belles questions qui n’auraient peut-être pas de réponses – échappa un juron en se levant du lit. « Putain, je vais être en retard en classe. » dit mon mari en se lançant à la toilette. Juste à le voir courir, j’avais presque la nausée. Oh! Pas certaine que j’irais en cours moi.

« Dis, Théo… va falloir en parler… ce soir… » dis-je d’une voix douce en m’assoyant lentement sur le rebord du lit, pendant qu’il enfilait une chemise propre et un caleçon. La pièce tanguait. Il m’embrassa doucement. Ça ne me troubla aucunement. FAUX! Mensonge numéro 4 : J’étais troublée par ce baiser. Nous n’avions partagé aucun moment d’intimité au courant de l’année qui venait de s’écouler. C’était troublant de sentir ses lèvres chaudes se déposer sur les miennes. Était-ce son haleine ou la mienne qui goutait encore l’alcool? En tout cas, ça n’aidait définitivement pas. Je me relaissais tombé dans le lit et je sombrais dans un demi-coma avant même d’entendre sa réponse. Je sentis Théodore remonter doucement la couverture autour de mon corps pendant que je sombrais de nouveau.

Quand je me trainais quelques deux heures plus tard vers les toilettes, j’avais un peu dégrisé sans rendre le contenu de mes tripes. La fierté peut parfois être résumée avec les plus petits gestes. Je fouillais dans la pharmacie pour y trouver des antiacides et de l’ibuprofène qui définitivement allaient être dans mes meilleurs amis aujourd’hui. J’avais enfiler un pyjama. Je descendis les marches jusqu’au rez-de-chaussée pour découvrir que mon soutien-gorge avait atterri dans les escaliers. Je pris mon téléphone pour composer le numéro de l’université et faire annuler mon cours. Bon sang que la secrétaire parlait fort. « Professeur MacDonalds, je ne comprends pas pourquoi vous appelez. Votre mari nous a prévenu de votre absence ». J’éloignais un peu le combiné de mon oreille. J’avais marié un ange, pensais-je l’espace d’un instant. Je la remerciais en dissolvant une tablette d’antiacide dans de l’eau froide sortie du frigo. Néanmoins, je finis par aller dialoguer avec la cuvette de toilette. J’avais encore de la misère à marcher en ligne droite. Officiellement, je n’avais jamais été aussi ivre que ce que j’avais été hier. Je trouvais le moyen d’aller dans la cuisine.

Qu’est-ce qu’il fallait faire en cas de lendemain de veille? Mon estomac en compote décida de sauter le petit déjeuner et je m’attaquais à la tâche de nettoyage. Je récupérais les bouteilles de vin vide. Pas de la piquette en plus. Je me méfierais du vin à l’avenir. Le vin était mal. Le vin n’était pas venu en ami. J’en étais à ramasser le restant du dégât – des restes d’assiettes et des vêtements – quand on sonna à l’entrée. Maudissant la sonnette, je m’aventurais pour la porte pour y découvrir mon frère. J’ouvris la porte en trouvant de l’énergie je ne sais trop ou dans ma gueule de bois. « Oh! Mon! Dieu! Pierre-Antoine! Comment tu vas? » dis-je d’une voix à demi-morte et pas trop fort. Malgré mes yeux qui pétillaient, la sixième bouteille de vin récupérée quelques minutes plutôt sur le plancher du salon – entre la chemise sale de Théodore et mon soutien-gorge que je tenais dans l’autre main. Je ne trouvais rien de plus pertinent que de tenter de lancer sous un meuble les vêtements compromettant.



Dernière édition par Prudence MacDonalds le Sam 29 Mar - 15:28, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le laboratoire [pv Pierre-Antoine] Ven 7 Mar - 21:59



Léon Tolstoï a écrit : ❝ Toutes les familles heureuses le sont de la même manière. Les familles malheureuse le sont chacune à leur façon. ❞


Un pas. Un second. Je réalisais que je n'étais qu'à quelques mètres de la nouvelle maison de Prudence. Impossible de faire marche arrière ; j'avais déjà mis trop de temps à me décider. Je ne comptais pas me cacher, ni fuir. Je n'avais nulle part où aller, aucune maison, aucun foyer que j'aurai pris le temps de bâtir et de voir grandir. Je n'avais que la famille avec laquelle j'étais devenu l'homme d'aujourd'hui. Mes parents, mon frère, ma sœur. Et de ces quatre-là, seule Prudence pouvait m'offrir ce que je désirai sans m'étouffer. Ma mère me ressemblait à bien des égards, mais je la soupçonnais d'avance de vouloir me couver comme elle l'avait plus ou moins toujours fait. Et avec elle, la vie perdrait de sa superbe. Philippe avait sa famille, sa petite femme gentille et calme, ses enfants. Impossible de me réfugier chez un homme si froid et si prompt à juger des apparences. Prudence était la cadette ; elle avait évolué avec deux frères, ce qui ne l'avait jamais aidée à se féminiser. Je l'aimais davantage ainsi, elle ne se grimait ni se montrait sous un autre visage. Elle n'usait d'aucun masque. Son authenticité était autant charmante qu'elle pouvait être blessante. A la mort de sa fille, je n'avais pas été là, perdu dans quelques contrées lointaines du nord de l'Inde. Mais je m'étais rendu disponible par téléphone, j'avais fait mon possible pour l'aider, elle qui m'avait tant soutenu aussi durant mes jeunes années. Je n'ai ici nullement l'intention de prétendre à l'avoir guérie. Mais à l'assister, quelque chose en moi s'était aussitôt refermé, une blessure qui avait pris bien du temps à cicatriser. J'étais capable d'empathie, et découvrir cela me rendit alors particulièrement heureux, en dépit des larmes que Prudence versait nuits et jours.
Mon travail m'obligeait à changer de ville, de pays, de continents aussi. Je ne refusai pas les missions qui m'envoyaient à l'autre bout du monde, jamais. Cette vie de bohème, d'inconnus et d'imprévus, m'exaltait parfaitement. Voir que le futur échappait à mon contrôle, qu'il me réservait bien des surprises, bonnes et mauvaises, équilibrait la sensation néfaste de mon amour sur mon ego. L'homme que j'aimais à l'époque et que j'aime encore aujourd'hui, Michael, exerçait un pouvoir sur mon être dont je ne pouvais me défaire. Il existait entre nous une passion qu'il se refusait à assumer mais qui m'obligeait à le rejoindre toujours. Et de ce sentiment, qui me détruisait tant il ne me satisfaisait pas, mais que je laissais tout de même diriger ma vie, naissait un profond dégoût envers moi-même. Vivre des aventures, voir la vie et toutes les couleurs qu'elle pouvait offrir, pleurer avec son injustice et m'extasier de sa beauté, c'était bien la seule chose qui me faisait avancer.
J'avais donc décidé de rejoindre Prudence. Un an après la perte de sa puce, elle avait suivi ce diable de Théodore dans un patelin tout beau tout rose, banlieue chic purement américaine, à quelques heures de New-York. J'imaginais que le couple avait voulu y recommencer une vie, loin des souvenirs et de la maison dans laquelle ils avaient vécu avec Olivia. A vivre à ma manière, je ne risquais pas d'éprouver ce genre de lubie ; mais mes vices et les leurs n'étaient en rien comparables. Je m'étais donc rué dans Magnolia Cresent, quartier bien trop différent de ce que nous avions, Prudence, Philippe et moi, toujours connu. J'y avais éprouvé un certain malaise mais loin de moi l'idée de rebrousser chemin, je m'étais garé devant la maison qu'elle habitait désormais avec son mari. J'avais attendu quelques minutes avant de quitter l'habitacle du véhicule et de me diriger vers sa demeure. Quelques minutes pendant lesquelles je repensais à tout ce que je quittais, et à tout ce qui ne commencerait jamais pour moi. Une douleur lancinante était venue me bercer, signe que mes élucubrations silencieuses avaient trop duré. 
J'étais désormais sur le parvis de la maison, prêt à frapper la porte. Prudence, je me demandai alors comment elle allait réagir à ma venue, à mon installation, à mon squattage. Je me fichais bien de ce que Théodore pourrait penser ; je ne l'avais jamais tellement porté dans mon cœur, même si une promesse passée en mon sein m'interdisait de déclamer à voix haute tout ce que je pensais de lui. Prudence avait toujours été gentille avec moi, j'espérais qu'elle le resterait encore un peu. De toute façon, je savais aussi comment berner mon monde pour mieux naviguer avec mon bateau. Le port dans lequel j'amarrais, si différent soit-il du précédent ou du suivant, n'avait jamais perturbé mes volontés. 
Je frappai à sa porte, déterminé. Elle mit quelques instants à venir m'ouvrir. Sa figure en disait long sur sa nuit : pitoyable. Ou alors elle avait bu. Il me fallut attendre qu'elle parle pour pencher vers la boisson. Son haleine était sans appel, mais elle ne me semblait pas malheureuse. Tout va bien qui finit bien ? Elle parut surprise de ma présence et je le lui rendis bien en dégainant mon plus beau sourire. 

-Prudence ! 

J'écartai les bras pour lui proposer une embrassade fraternelle avant de me raviser et de simplement poser mes mains sur ses épaules.

-Moi ça va, par contre toi, tu as une mine affreuse ! 

Je tus les conclusions de mes observations. Mon sourire ne disparut pas ; il prit simplement une dimension qui exprimait l'inquiétude que je n'éprouvais pourtant pas en cet instant. Je ne devais pas paraître rude puisque je comptais m'installer ici. Mais le jour était, apparemment, mal choisi. Prudence dans une petite forme, la maison sans dessus-dessous. Je vis qu'elle tentait de cacher les preuves de son crime et l'embrassai sur le front en ajoutant : 

-Ne t'inquiètes pas, j'en ai déjà vu d'autres ! Tu as besoin d'aide pour ranger les...(un regard aux sous-vêtements me fit lever le sourcil) cadavres de bouteille ?


Dernière édition par Pierre-Antoine Kinney le Sam 19 Avr - 18:08, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Le laboratoire [pv Pierre-Antoine] Dim 16 Mar - 2:21




Et si c'était de l'amour que le génie broyait
au lieu de ses idées noires, au lieu de ses idées noires

c'était à l'excès de l'excès }Si je n’avais pas fait une dépression suite à la mort de ma fille, l’envie aurait sans doute été mon péché capital. Comme cadette d’une famille de trois enfants, je devais avouer que mes ainés m’étaient un peu des modèles et que j’avais longtemps envié leur mode de vie. Petite, j’admirais l’intelligence du plus grand du trio – Pierre-Antoine, il pouvait lire les gens comme personne. Adolescente, j’avais supporté son affirmation de lui-même. Endeuillée de ma fille, j’avais voulu de sa vie sans port d’attache. J’aurais aimé pouvoir tout plaquer un bon matin pour pouvoir ficher le camp à l’autre bout du monde. Je savais très bien que ce n’était pas le portrait exact de Pierre que j’avais. Je savais qu’il aimait encore son ex. Mais il pouvait partir. Pour moi, j’aurais aimé avoir une vie de bohème quand j’avais dû réaliser que je pouvais exister sans ma fille. Il était à l’autre bout du monde. Et il m’avait envoyé une petite lettre pour me dire de ne pas m’inquiéter et qu’il serait toujours là… au bout du fil pour moi.

Pour Philippe, petite, j’admirais son aptitude unique pour les sports – j’avais deux grands frères… alors s’imaginer que j’étais celle qui jouait à la poupée… c’était se mettre le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Adolescente, j’enviais l’espèce de succès qui se dégageait de lui sans qu’il y mette vraiment les efforts. Endeuillée de ma fille, j’avais commencé à lui en vouloir pour sa famille parfaite. Oui, envers lui, je ressentais une animosité qui n’avait que peu d’équivalent. J’avais tellement travaillé pour réussir.

Théo et moi, nous ne l’avions vraiment pas eu facile. Et encore aujourd’hui, j’avais l’impression que le chemin était encore compliqué. Nous n’avions pas planifié l’arrivée de notre petite Olivia, comme nous n’avions pas planifié sa maladie et sa perte. Si la vie m’avait appris quelque chose, c’était que la seule chose de prévisible dans la vie était son imprévisibilité. C’était la même chose qu’elle m’avait confirmé hier. Je n’avais jamais pu prévoir qu’après avoir une première bouteille de vin, au moins cinq autres en suivraient. Tout comme je n’aurais pas pu prévoir ce qui logiquement aurait suivi mon réveil plutôt difficile.

Un grand gaillard aux joues creuses, au regard bleu qui aurait tellement chamboulé de cœur dans sa vie à l’allure un peu froide qui retentissait sur le pas de ma porte. Bon sang! J’avais oublié à quel point mon grand frère était… grand. Il fallait dire qu’avec son boulot il n’était pas le plus présent dans ma vie… mais probablement celui avec lequel j’avais une complicité plus grande. « Prudence ! » me dit-il. Il avança ses bras comme pour me serrer. Mais à mi-chemin, il recula. Ses mains allèrent se poser sur mes épaules. Peut-être avait-il senti qu’un câlin considérant mon lendemain était pas mal le plus que mon estomac torturé. Déjà, l’odeur de son parfum n’était pas ce que je voulais sentir de proche. J’aurais pu l’ensevelir sous une tonne de vomi. J’en étais pratiquement certaine.

Je savais que mon frère était capable de lire tout le monde comme peu de gens étaient capable de le faire. Tout le monde. Pas seulement moi. Mais j’étais loin d’avoir envie de me lancer dans des explications sur ce que j’avais fait hier soir. De toute façon, mon visage pourrait sans aucun doute en dire plus que je n’étais capable de le dire sur ce que j’avais vécu comme soirée hier. J’aurais peut-être aimé qu’il ne soit pas capable de me lire. Qu’il ne puisse pas capable de voir que j’avais vu. Sauf que mon haleine, la bouteille de vin dans ma main trahissait aussi le crime que mon mari et moi avions commis hier. Plus moi que lui d’ailleurs. De sa voix grave, mon frère me dit : « Moi ça va, par contre toi, tu as une mine affreuse ! » sérieusement. J’aurais pu me passer de ce commentaire-là. Il voyait mon état on ne peut plus pathétique. Je savais qu’une maquilleuse n’aurait rien pu dire d’autre que de remarquer mon teint blanc comme un drap, mes cernes, la petite teinte verdâtre de ma peau. Je le savais très bien. Mais j’étais pleinement incapable de me dire que mon frère était vraiment en plein droit de me critiquer. Sauf que si je l’avais vu deux ou trois fois depuis la mort de ma fille, c’était bien. Il n’avait pas beaucoup d’à quel point est-ce que j’avais l’air fatiguée. J’avais tellement de difficulté à m’adapter sans la vie de ma fille à mes côté. C’était logique pour moi. Si je dormais six heures par nuit, c’était beaucoup. Je m’entendais presque à me faire chicaner par mon frère, comme si j’aurais été une adolescente mais pas une femme mature et mariée depuis plus de dix ans. Je n’étais absolument pas dans le monde. Il eut un petit silence. Après un instant, mon frère rajouta d’une voix calme. « Ne t'inquiètes pas, j'en ai déjà vu d'autres ! Tu as besoin d'aide pour ranger les... » LA HONTE! Je voulais disparaitre. Est-ce que c’était possible? Le regard de mon frère oscilla entre mes yeux, la bouteille et les sous-vêtements. J’avais entendu parler des différentes soirées de mon frère. Ce que je n’avais pas vécu parce que j’étais tombé enceinte à vingt ans. Moi, j’avais appris à être sage et raisonnable. J’avais appris à être une mère quand mes amis apprenaient à être des jeunes adultes. J’espérais sérieusement que mon frère n’était pas pour mentionner les sous-vêtements. J’étais pour mourir de honte si jamais le restant de cette phrase-là concernait le bout de tissus. « … cadavres de bouteilles » D’un geste paternel, il me donna un baiser sur le front tout léger. Mon frère savait qu’il n’avait pas à juger. Personne n’avait à me juger. Les écarts de conduite et moi, ce n’était pas vraiment des synonymes. Ça n’en avait jamais particulièrement été. Je me l’étais permis hier. Et vous saviez quoi? Hier, ça m’avait vraiment semblé être la bonne chose à faire que de boire jusqu’à ne plus avoir aucune putain d’idée de comment je m’appelais. Hier, ça m’avait fait du bien. Presque autant que le bien que j’avais ressenti en me réveillant ce matin blottie dans les bras de MON mari. Même si la culpabilité m’avait rattrapé un peu plus tard. J’ai doucement souris à mon frère. Avait-il seulement idée d’à quel point ce m’était dur?

Je ne souriais plus depuis que ma fille était décédée. J’avais un antique souvenir d’un sourire sur mon visage. Si vieux comme souvenir que j’en avais presque mal aux joues. « J’en avais pas vu des comme ça depuis ma jeune vingtaine… alors passe pas de commentaire et je te refuserais pas trop ton aide. J’avais raison de boire hier… » Sans vraiment le vouloir, j’avais repoussé mon frère. J’avais pris ma main et j’étais venue doucement la passer dans mes cheveux. Savait-il seulement quelle date nous étions? Il n’avait sans doute pas un calendrier dont il cochait chaque jour d’un petit trait rouge comme étant une autre journée sans ma fille. En fait, tout l’univers avait recommencé à tourner sauf moi… hier… hier, je m’étais sentie tellement bien. Hier, je m’étais sentie libre et vivante. Putain, ça avait été trop le pied que de ne plus trainer toute ses pensées noires. Si les gestes que j’avais étaient des inconnus, je me rappelais de m’être sentie légère. Sauf qu’aujourd’hui, j’étais lourde comme un nuage sombre. « Ça a fait un an… hier… Pour Olivia. c’est normal que j’ai une tronche horrible. J’aurais peut-être dû arrêter… de boire… après avoir bu deux bouteilles. Je te jure… une gueule de bois sur du vin rouge, ce n’est vraiment pas cool. » dis-je d’une petite voix. J’avais définitivement honte d’avoir été capable de formuler cette phrase à voix haute. Au moins, j’avouais avoir exagéré. C’était déjà un pas vers la réussite. L’autre serait de m’assoir à table avec mon mari pour qu’il me raconte ce qu’il se rappelait de cette soirée parce qu’avec le recul, tout devenait flou après la deuxième bouteille de vin. Il me fallut un instant avant de réaliser à quel point c’était absurde d’avoir Pierre avec moi, si près qu’il pouvait me faire un câlin si je le voulais. D’une voix douce, je dis. « Enfin… t’étais pas à Tombouctou? Tu fais quoi ici? »

[hj: je m'excuse de l'attente. Je suis en fin de session. Ma situation va être régularisée au courant des deux prochaines semaines]
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MessageSujet: Re: Le laboratoire [pv Pierre-Antoine] Jeu 24 Avr - 21:19

Léon Tolstoï a écrit : ❝ Toutes les familles heureuses le sont de la même manière. Les familles malheureuse le sont chacune à leur façon. ❞


La maison de Prudence portait les stigmates d'une nuit agitée et de laquelle ma chère sœur semblait bien mal se remettre. Vu les cernes qui décoraient ses yeux fatigués et l'étrange odeur de luxure et d'alcool mêlés qui se dégageait de sa personne, il me semblait bien que ce fût pour elle une nuit des plus passionnées. Tant mieux ? Je la préférai presque comme ça, enivrée et se prenant de plein fouet les bons côtés de la vie plutôt que renfermée sur ses souvenirs. Attention, je ne souhaitais nullement qu'elle oublie Olivia – cela me paraissait tout à fait impossible pour moi, alors pour elle ? – mais je priais chaque soir pour qu'elle reprenne doucement sa vie en main. Je priais pour qu'elle aille mieux, tout simplement.
Evidemment, ne prenez pas le verbe prier pour son utilisation littérale. Je ne croyais nullement à Dieu et aux miracles qu'on lui prêtait. Toutes les jolies histoires bibliques n'étaient à mes oreilles que sornettes. Je croyais mille fois plus à l'évolution de Darwin et à toutes les erreurs que les actuels scientifiques pouvaient lui trouver. Les excuses des fidèles pour expliquer la mort d'Olivia me faisaient bien rire et vomir. Il a repris un de ses anges, avais-je entendu une fois. Il lui épargne la folie des hommes, avait dit un autre. Je rêvais parfois que la foudre tombe sur ces stupides bigots mais sans ces pieux, le monde perdrait un peu de sa saveur. Comme un toast à moitié-tartiné.
Prudence ne mit pas longtemps à réaliser qu'elle ne pourrait pas cacher ses crimes de la veille. Elle me conseilla de ne faire aucun commentaire. J'écartai aussitôt les mains avec un certain sourire.

-Ok je ne dis rien.

Elle avait parlé de bonnes raisons. Je ne demandai même pas desquelles il s'agissait. Pour moi, la perte seule d'Olivia l'autorisait à se soûler plus que de raison. J'avais du mal à m'imaginer père mais malgré tout, je pouvais entrapercevoir la douleur de perdre l'être que l'on aime. Alors oui, ça n'avait certainement rien à voir avec la souffrance qui ne trouvait jamais de repos et qui noircissait l'âme, la consumait lentement, de que perdre un enfant. Mais tout de même, je n'étais pas, moi non plus, sorti indemne de cette vie cruelle dans laquelle on m'avait jeté.
Je ne voulais pas juger Prudence. Mon avis ne comptait pas. C'était comme la piqûre d'un moustique sur la carapace d'une tortue. Inutile. Vain. Futile. Comme gratter une guitare acoustique dans une rave à cent-vingt décibels. C'était s'épuiser à la tâche tout en sachant que cela ne mènerait à rien.
Je me baissai pour récupérer les cadavres de bouteilles, les bouchons de lièges, les témoins et preuves de la soirée mouvementée de ma chère petite sœur. Elle n'était pas contre un peu d'aide, je comptais lui en offrir. Et puis, dans les cliquetis du verre qui se choque, j'entendis sa voix s'effacer. Je dus me retourner pour mieux comprendre sa phrase. Un an. Déjà. Jour pour jour. Une douleur vint griffer mon cœur. Qui fêtera mes un ans ?
Je restai immobile, craignant de faire trop de bruit et de ne plus l'entendre. Elle semblait regretter d'avoir trop bu. Elle n'y penserait plus demain. Le poids de son crâne sur ses épaules devait doubler par rapport à l'habitude. La netteté des jours sobres avait disparu au profit d'un étrange brouillard aux écumes alcoolisées. Je restai là, mes bouteilles en main, sans savoir quoi faire. Comment consoler quelqu'un quand on ne comprend qu'un dixième de ce qu'il vit ? Quoi choisir, parmi toutes les solutions ? Une moue glissa sur mon visage. Une grimace désolée qui valait tous les mots et toutes les étreintes du monde. Un sourire qui signifiait « Je suis là, si besoin. »
Heureusement, ma peine sincère ne fut que passagère. Car le cliquetis des bouteilles dans ma main me rappela pourquoi j'étais ici. Le soutien que je pouvais apporter à ma sœur n'était qu'une bonne raison supplémentaire pour expliquer ma présence ici.
Elle s'interrogea d'ailleurs, à voix haute, histoire que j'aie à répondre aux questions qui soudain se présentaient à elle.

-Tombouctou ? Non, parc de Kobuk Valley, Alaska, Etats-Unis. J'ai décidé de n'accepter que les offres sur le continent désormais.

S'attarder sur la partie de la réponse qui importait le moins. Ma stratégie était un peu bancale. Je ne voulais pas blesser Prudence, ne devait pas la blesser. Sans son approbation, rester ici me serait impossible.

-Faut-il une raison pour passer voir ma sœur ?
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MessageSujet: Re: Le laboratoire [pv Pierre-Antoine] Sam 3 Mai - 3:12




De tous les temps. Depuis le tout début des temps,
Les armes effacent le bien de nos mémoires

J'aurais jamais du faire ça... }Disons que j’étais particulièrement loin de me sentir héroïque aujourd’hui. Autant qu’hier le seul geste logique m’avait semblé être celui qui était logique qu’aujourd’hui ce geste me semblait d’une absurdité des plus complètes. J’avais vraiment l’impression que c’était ce qu’il m’avait fallu faire. Nous avions pourtant hier, mon mari et moi ouvrent une boîte de pandore. Nous avions tous les deux parlé de nos sentiments. Parmi les derniers souvenirs que j’avais de la veille, il y avait mon corps qui était installé en position de l’amazone sur son corps encore vêtu et j’avais le souvenir de lui parler de ma volonté d’avoir un autre bébé pour remplacer notre Olivia. J’ai passé une main dans mes cheveux en regardant mon frère d’un regard doux. Il me regardait avec un de ses sourires. Le genre qui voulait très ouvertement dire qu’il savait exactement ce que j’avais fait la veille. Je détestais avoir l’impression d’avoir été ainsi exposée à mon frère. « Ok je ne dis rien. », dit-il d’une voix souriante en écartant les mains. Je trouvais que c’était beaucoup lui demander… de ne rien dire. Si j’avais bien quelqu’un à qui je pouvais raconter cette soirée, c’était à Pierre. Philipe avec sa vie parfaite n’avait jamais eu de débordement du genre. Je me redressais pendant quelques secondes et j’observais mon frère d’un regard à demi-vide. Il avait l’air triste. Je n’avais pas vraiment assez la forme à lui servir d’épaule sur laquelle s’appuyer pour pleurer. Je ne savais pas quoi lui dire et je ne savais absolument pas ce que je devais faire. Ce n’était pas nécessairement la bonne chose à faire de lui demander. Surtout que j’avais beaucoup de choses dans la tête encore. J’avais rapidement expliqué pourquoi je m’étais ainsi foutue en l’air la veille. Et puis j’étais rapidement revenue vers le pourquoi de la présence de mon frère. Je n’avais pas envie de le chasser. La solitude et la gueule de bois ne s’accordaient pas bien avec moi. Avec un sourire, il me répondit quelque chose qui me laissa étonnamment perplexe : « Tombouctou ? Non, parc de Kobuk Valley, Alaska, États-Unis. J'ai décidé de n'accepter que les offres sur le continent désormais. » J’ai souri et ris à voix basse. J’aimais la petite correction. Tombouctou, il y était déjà allé des mois… peut-être des années plus tôt. Je ne sais pas. Je sais que j’avais définitivement un courriel ou mon frère me racontait son aventure avec un jeune homme de Madagascar. Mais connaissant mon frère, c’était particulièrement étrange de le voir se poser sur un continent. Je n’osais pas en venir au sujet Mikael. Normalement, les seules tentatives de mon frère de se poser provenait de cette ravageuse relation que mon frère entretenait avec cet homme. Il revenait inévitablement vers lui. Comme un boomerang. Et leur relation finissait inévitablement par se ressembler à la longue. Ils revenaient ensemble. Ils s’envoyaient en l’air. Ils filaient le petit bonheur pendant quelques mois. À toutes les fois, Mikael finissait par ruiner le cœur de mon frère qui partait à l’autre bout du monde et qui se baladait de ville en ville et de lit en lit.

Avec un autre sourire, je dis. « Étrange décision monsieur le pigeon voyageur… je n’aurais plus droit à tes récits de comment tu t’es envoyé en l’air avec ce Malgache? » Je ne réalisais pas que j’étais blessante peut-être pour lui. Sauf que j’avais quand même un peu raison. Mon frère n’avait pas l’habitude de rester pleinement célibataire pendant des siècles. Ses courriels souvent incluaient des photos des hommes qu’il rencontrait sur son chemin d’une ville à l’autre. Je sais que sur ce point-là, j’étais chanceuse. Moi, j’avais toujours des bras dans lesquels je pouvais revenir. J’avais toujours mon mari qui m’attendait avec une certaine tendresse à la maison. J’avais beau avoir mis une certaine barrière entre lui et moi… nous étions quand même resté une famille et nous avions tenté de notre mieux de réparer ce que la disparition de notre fille. « Faut-il une raison pour passer voir ma sœur ? » Je souris doucement. Bien sûr qu’il ne fallait pas de raison pour qu’il passe me voir. Sauf que je ne pouvais pas m’empêcher de me culpabiliser. Avoir su… hier, j’aurais été un peu plus mollo sur la bouteille. Je détaillais mon frère d’un regard. Il était gentil de m’aider à ramasser. Du haut de cette grande taille, il me semblait tellement maladroit avec mes cadavres de bouteilles dans les mains. Dire qu’hier, je n’aurais jamais pensé que ces bouteilles pleines étaient aussi menaçantes.

À voir l’espèce de mal de bloc que je me payais, je ne sous-estimerais plus jamais le pouvoir d’une stupide bouteille d’alcool. Plus jamais je ne penserais qu’elle n’avait absolument aucun effort. Il fallait dire que j’étais fatiguée hier… l’alcool devait sans doute avoir frappé plus fort que ce qu’il faisait d’habitude. Doucement, je me laissais tomber dans le sofa. Il se creusa sur mon poids. Assise je le regardai avec un petit plaisir. J’avais encore un teint verdâtre. « Non, mais ce matin… j’aurais préféré que tu appelles… j’aurais pu cacher ce qui s’est passé… hier. Il va falloir aller porter les bouteilles dans le bac à recyclage. » Dis-je d’une petit voix.

Je glissais doucement ma main dans la fente du sofa qui était juste à côté de mes pieds. Je ne pus me retenir lorsque je frôlais un tissu qui soudainement me parut familier. De la dentelle… Je tirais pour en extraire l’autre partie de mes dessous de la veille et le caleçon de Théodore. Je sentis le rouge me monter aux joues. « Oh! Putain… comment ils ont atterris là? Tu sais… je crois que je vais juste… arrêter de me poser des questions et attendre de parler avec Théodore. Il était vraiment moins… ivre que moi. » dis-je en regardant mon frère sans trouver une place ou cacher. De toute façon, il savait sans aucun doute ce qui s’était passé dans ma maison. Je posais une main sur mes yeux. Exaspérée, je ne savais absolument pas ce que je pouvais dire. « As-tu déjà eu le sentiment que tu as vraiment perdu une soirée complète de ta vie… mais que c’était quand même la meilleure soirée que t’as eu en genre un siècle? » articulais-je finalement. Je respirais lentement avant de rajouter un : « It sucks… ». Je rigolais doucement. Il le savait sans aucun doute… sauf que pour moi, c’était une toute première…

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MessageSujet: Re: Le laboratoire [pv Pierre-Antoine] Sam 17 Mai - 18:25

Léon Tolstoï a écrit : ❝ Toutes les familles heureuses le sont de la même manière. Les familles malheureuse le sont chacune à leur façon. ❞


Prudence avait l'air un peu surprise d'une telle décision. Si je m'inquiétais d'avance de ce qu'elle irait me poser comme question, ou me faire comme critiques, j'étais néanmoins ravi de voir qu'elle me connaissait bien. Aussi loin mon corps pouvait se trouver, il existait aux States une poupée triste qui pouvait prédire plus ou moins bien mes actes. Mes pensées étaient, elles, un peu plus inaccessibles. Et bien heureusement, sans quoi nombre de mes connaissances m'auraient déjà tendu les pires pièges qu'on peut tendre à un homme dans le but d'assouvir ses desseins de vengeance. Je n'étais pas toujours gentil, ça non. Pas toujours honnête non plus. Souvent, il me fallait ruser pour réussir à aller là où mes envies se trouvaient. Et pour me servir, mon charisme, fidèle allié dans mes stratégies parfois foireuses.
Tandis que je cherchais où me débarrasser des bouteilles de verre d'un œil en apparence distrait mais qui ne perdait pas une miette de ce décor nouveau qui me renseignait sur le couple MacDonalds, Prudence s'amusa de ne plus entendre parler de mes conquêtes. Malgache ? Je n'avais couché qu'une seule fois avec un malgache, et ne me souvenais même pas en avoir parlé à ma sœur. Impossible de remettre son nom, d'ailleurs. Ma mémoire visuelle était – je me l'étais à de nombreuses reprises prouvé – bien meilleure que l'auditive. Les prénoms m'échappaient facilement quand les visages restaient gravés dans ma tête pendant des années. Ainsi, le sobriquet de cet homme qui m'avait accueilli en bien des égards restait flou mais je revoyais les traits que j'avais longuement et tendrement embrassé. Homme sensible et délicat. Trop, certainement, puisque la remarque de ma sœur me pinça le cœur. Je ne manifestai nullement mon état chaviré et me concentrai sur comment sourire. C'était bien évidemment de l'humour et jusqu'à preuve du contraire, j'étais encore capable d'y répondre.

-Non, tu devras te contenter d'américains. Ils manquent clairement d'exotisme mais bon.

Un sourire en coin furtif éclaira mon visage et disparut aussi vite. Je craignais qu'elle me parle de Mickael. Après tout, elle en avait entendu de longues plaintes, de longues litanies, et je devrais forcément, un jour ou l'autre, affronter ses questions. Il faudrait que je me prépare pour ce jour. Mais pour l'heure, c'était davantage Prudence qui était ciblée par la situation. Elle m'avoua qu'elle aurait préféré que je la prévienne de mon arrivée imminente, pour des raisons compréhensibles.

-Allons allons, c'est pour toutes les fois où je t'ai raconté mes plans, sois pas gênée. J'en ai vu d'autres !

Il y avait un bac par terre, dans lequel se trouvaient déjà d'autres cadavres de trucs et bidules en verre – quelques conserves et une bouteille. J'y posai délicatement les bouteilles et annonçai :

-J'irai toute à l'heure, promis.

Je m'avançai vers Prudence, qui s'était affalée dans le divan, juste quand elle retrouva quelques sous-vêtements. Je manquai d'exploser de rire en voyant sa tête, qui exprimait une grande gêne. Je voyais bien qu'elle ne savait plus ni où se mettre ni quoi dire. Elle semblait être certaine que j'étais arrivé au mauvais moment mais moi j'avais la nette impression que j'étais là pile quand elle avait besoin de moi.

-Oh si. Tu t'en veux parce que tu sais que tu as dépassé les limites que tu t'étais plus ou moins fixées mais en même temps, tu éprouves une putain de joie à avoir arrêté de réfléchir le temps d'une soirée. Le seul hic, c'est quand tu ne t'en souviens plus du tout.

Je m'étais adossé à un mur qui faisait face au divan, les bras croisés sur mon torse. Je refusai en réalité de m'asseoir sans savoir ce qui avait ou n'avait pas été souillé par les ébats de ce cher Théodore. Un sourire mi-amusé mi-condescendant sur les lèvres, je couvais ma sœur du regard. Elle n'avait guère eu le temps de profiter de sa jeunesse. Par rapport à moi du moins. Et j'étais ravi qu'elle connaisse enfin les douleurs de l'alcool et la rudesse des parties de jambes en l'air imprévues.

-D'ailleurs, il rentre quand Théodore ?

Que j'ai le temps de me préparer un beau discours pour quand il reviendrait chez lui et trouverait l'insupportable frère de sa douce épouse.
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MessageSujet: Re: Le laboratoire [pv Pierre-Antoine] Mer 21 Mai - 4:43




Depuis longtemps. Depuis déjà trop longtemps
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J’avais toujours aimé recevoir les histoires de mon frère dans des courriels et des appels. C’était toujours des ébauches d’histoire d’amour. Pour la fille particulièrement casée dans une relation que j’étais, c’était vraiment romantique une histoire d’amour sans lendemain. J’aimais mon mari et je devais avouer que je n’avais jamais vraiment été le genre à sauter la clôture. Je ne pouvais pas m’empêcher de me dire que franchir cette ligne en pensée pouvait parfois être bénéfique… sauf qu’après avoir eu cette pensée, je me rappelais généralement de comment mon mari était capable de me faire complètement perdre tout sens de la raison. Je fixais doucement mon frère avec un regard pétillant. J’étais tellement heureuse de le revoir et de pouvoir le taquiner. « Non, tu devras te contenter d'américains. Ils manquent clairement d'exotisme mais bon. » me dit-il. Son sourire sonnait faux. Non. Ce n’était pas une bonne idée que de mentionner Mikael et je n’étais pas d’humeur à pousser mon frère à me raconter comment il se sentait. Je ne l’avais pas vu depuis quelques mois déjà. Alors, s’il ne me demandait pas comment j’étais pour aller par-dessus ma gueule de bois, je n’étais pas pour lui demander comme il se sentait face à son grand flop romantique. Je préférais avoir une chance de conserver le silence radio sur cette question. D’une voix assez honnête, il déclara. « Allons allons, c'est pour toutes les fois où je t'ai raconté mes plans, sois pas gênée. J'en ai vu d'autres ! » Je me redressais un peu droite. La salle valsa pendant un instant. J’avais l’air très fière pendant un petit moment. Avec une petite gueule un peu mouillée, je commençais par un « Hey! » plaintif et un peu plus fort que ce que j’aurais voulu. Je croisais les bras avec un air un peu plus bête que ce que j’étais capable de faire normalement. « Je suis mariée depuis 13 ans avec un américain. » Je me sentais atteinte dans mon orgueil propre parce que j’avais encore le corps qui dégageait cette espèce d’odeur de luxure. J’étais certaine qu’il n’avait pas gardé ses bas… j’étais capable de les voir parce qu’ils étaient à l’autre bout du salon. Merde… comment on avait fait notre compte pour que tout vole dans une direction opposée. Avec un autre grand sourire. J’ai rajouté en m’ouvrant un peu sur ce qui s’était passé hier en articulant un : « Et hier… il était très exotique… ». Exotique, sexy, nu et terriblement parfait pour moi. Je plaidais coupable à tous les crimes de luxure dont je pouvais me rendre coupable. Je souris à mon frère. Dieu merci que nous n’étions pas une famille complètement conservative! Parce que j’étais là, dans mon salon en train de parler de ma soirée pour adulte de la veille dont je n’avais que des rares souvenirs de mains baladeuses. Je rajoutais en hésitant : « Mmenfin… de ce que je me rappelle. Et puis… c’est pas vraiment le même cas… Ton plan à toi, il ne se balade pas en pyj dans mon salon. ». Je rigolais doucement et je m’arrêtais d’un petit coup. Je fixais mon frère avec un regard jaloux. « Théo est à moi. »

Il déposa à son tour les bouteilles sur la table basse du salon. C’était une histoire qui était quand même assez particulière. À 18 ans, je m’étais mariée. À vingt ans, j’étais devenue maman… et j’avais l’impression d’être une adolescente. J’avais vu mon frère faire des fêtes du genre. Sauf que je n’avais pas vécu ce genre d’histoire. Il me regarda et il me dit : « J'irai toute à l'heure, promis. ». Je sentais que c’était un regard qui était complètement compatissant. Je lui souris doucement en le fixant complètement avachie dans le sofa. J’étais un peu perdue. Je dis avec un petit sourire : « Merci frérot! ». Je fermais les yeux parce que ma tête tournait un peu. Plus jamais… plus jamais… me répétais-je d’une petite voix. Il fallait absolument que je me rappelle de cette information. J’en avais de besoin. Tellement de besoin. Je rouvris les yeux en cherchant dans mon frère un remède magique pour comment je me sentais. J’étais près d’être assez merdique. J’ai gardé les sous-vêtements dans ma main et j’ai fermé les yeux de manière complètement dramatique. « Oh si. Tu t'en veux parce que tu sais que tu as dépassé les limites que tu t'étais plus ou moins fixée mais en même temps, tu éprouves une putain de joie à avoir arrêté de réfléchir le temps d'une soirée. Le seul hic, c'est quand tu ne t'en souviens plus du tout. » Il avait raison… Je n’avais pas habitude d’arrêter de réfléchir. J’avais passé un an complet à tout analyser. J’avais analysé autant la douleur que je ressentais. Hier… hier, j’avais complètement oublié de réfléchir. J’avais eu l’impression d’être exactement comme celle que j’étais avant la mort de ma fille. Vivante. Énormément et horriblement vivante. C’était comment que je m’étais sentie. J’avais complètement cessé de penser. Quelque chose me disait que j’étais en train de retomber sur mes pieds. C’était ce qu’il fallait que je fasse. « Tu peux faire mon éducation niveau cuite… je croyais sérieusement pas que ma première serait à 31 ans… Ce que je me rappelle était vraiment fantastique… » finis-je par dire bien décider à tenter de faire comprendre à mon frère comment je me ressentais et le pas qu’il y avait entre boire une coupe de vin et complètement perdre le contrôle pour finir à boire à même la bouteille… il y avait tout un pas. Mes cheveux faisaient mal. Je découvrais de nouveaux usages à mon foie qui était si peu habitué à ce genre de situation. Je sentais son regard qui était sérieusement amusé. On aurait du avoir cette discussion-là quand j’étais adolescente et pas une adulte majeure et vaccinée. D’une voix tendue, je murmurais : « Disons que je me rappelle plus ou moins jusqu’au moment où je lui ai demandé que l’on fasse… » mais je m’interrompis. Non… ce n’était pas une bonne idée de dire à mon frère que ce qui avait causé cette overdose de luxure. J’avais vraiment demandé à mon mari de me faire un bébé. J’avais ce besoin d’une bouée de sauvetage pour moi. D’un petit être chaud, qui se blottirait contre moi, qui braillerait et qui réclamerait ma présence pendant ses premières années de vie.

Mon regard se perdit un peu dans cette pensée. J’avais réclamé un gamin parce que je me sentais prête pour une deuxième expérience de la maternité. « D'ailleurs, il rentre quand Théodore ? » Je relevais la tête pendant un petit moment. Je me sentais soudainement un peu perdue. Je le fixais et je clignais des yeux lentement. Après un petit moment, je finis par revenir sur terre et je dis : « Je sais pas… je pense qu’il finit son cours à quinze heure trente… le mien finirait à quinze heures trente… me dit pas que tu viens pour le voir… parce que je vais bouder. » dis-je d’un ton tannant de petite sœur qui était vraiment capable de bouder pour une longue période de temps. Je le savais très bien.

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MessageSujet: Re: Le laboratoire [pv Pierre-Antoine] Mar 24 Juin - 12:42

Léon Tolstoï a écrit : ❝ Toutes les familles heureuses le sont de la même manière. Les familles malheureuse le sont chacune à leur façon. ❞


Oui, finies mes escapades aux quatre coins du monde. Tous ces animaux qu'on ne trouvait que sur les autres continents, je ne pourrais désormais les trouver dans un zoo, les yeux implorants derrière les barreaux de leur cage. Il me tardait vraiment qu'un abruti invente un parc à thème où les hommes du monde, de toutes les couleurs, seraient mis en exposition derrière des grilles. Peut-être alors revendiquerait-on la légitimité de ces zoos. Vraiment, moi j'voudrais tous les voir crever, étouffés de dinde aux marrons le soir de Noël. Oui, tous mes voyages étaient désormais derrière moi puisque je comptais bien rester à Magnolia avec ma sœur et son cher Théodore.
Lorsqu'elle prit son faux air outrée pour me corriger et me rappeler que son mari était lui aussi américain, je pouffai un tantinet.

-Un soir sur treize ans, pauvre de toi !

Un sourire fit office de clin d'oeil ; taquiner Prudence m'était parfaitement autorisé et j'étais bien décidé à faire valoir mes droits de grand frère. Tant que je ne dépassais jamais la limite de son émotivité, j'étais à même de tout faire et tout dire.
Elle conclut notre petite aparté en se gardant la propriété de Théodore et je levai les mains en guise d'accord.

-Promis, je touche pas à monsieur pyjama.

C'était évidemment encore très ironique. Théodore et moi ne nous appréciions guère. J'avais oublié de bénir leur mariage et je n'étais en joie de le faire dès à présent. Depuis treize ans qu'ils étaient ensemble, j'avais vu les meilleurs moments comme les pires dans leur couple. J'imaginais en réalité que j'étais aussi un peu jaloux, moi qui n'avait point eu cette chance. Moi qui ne l'aurai certainement jamais. J'avais refusé le manuel du logiciel de l'amour avec un grand A ou plutôt avec deux grands A il y avait déjà longtemps. Et désormais, j'avançais à tâtons dans la nuit lourde de la passion, me créant de nouvelles règles à un jeu qui n'appartenait qu'à moi. Je n'étais pas réellement fier de mes allers et venues chez Michael avec, chaque fois, si peu d'espoir qu'il me garde définitivement, mais telle avait été ma vie depuis toujours et je m'y étais fait. Une cause perdue parmi tant d'autres, un malade de l'amour.
Mais au moins, j'avais vécu et éprouvé mon corps, ce que Prudence s'était bien gardée de faire. La voilà à apprécier sa première cuite, c'en était risible mais je prenais sa débauche avec condescendance.

-Je ne veux rien savoir de plus Prudence. Etrangement, je préfère garder de Théodore une image habillée vois-tu !

Je tournai la tête comme pour éviter du regard ses yeux qui reflétaient l'impudeur de leur soirée. Si les murs avaient des oreilles, j'étais à peu près certain qu'ils avaient dû entendre de drôles de choses hier soir. Mais ce doux solfège, je leur laissais. Imaginer ma sœur me faisait grimacer d'avance. Je préférais garder d'elle les souvenirs d'enfance qui nous liaient plutôt que son corps soumis à un homme. Ce devait être un peu mon côté papa poule.
Puis, je l'interrogeai sur l'heure à laquelle son époux rentrerait. Je vis alors, dans ses pupilles, l'incompréhension. Cela me troubla également. Avais-je dit quelque chose d'incorrect ? Déjà ? Je n'allais pas tarder à le savoir. Après m'avoir donné sa réponse, Prudence ajouta qu'elle espérait que je ne venais pas pour lui. Je pouffai à nouveau, décidément, la luxure exacerbait aussi son humour.

-Absolument pas, j'essaie plutôt de savoir pour quand la maison doit être rangée et mon discours d'arrivée bien rodé.

Oui, je comptais m'installer là le temps de trouver un appartement. Cela ne prendrait pas trop longtemps, je l'imaginais, mais tout de même. Il faudrait que Théodore m'accepte dans ses pattes quelques temps. Et je l'imaginais bien me regarder de travers en soufflant que non, il n'était pas d'accord. Sauf si Prudence insistait pour que je reste, ce à quoi il ne pourrait plus rien dire. J'aimais ma sœur pour le pouvoir inavoué qu'elle exerçait sur cet homme.
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MessageSujet: Re: Le laboratoire [pv Pierre-Antoine] Mar 26 Aoû - 18:42




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En un certain sens, j’avais toujours eu une belle relation avec mes frères. Les trois nous avions des personnalités qui étaient complètement différentes. Pourtant, nous étions unis les uns avec les autres. J’avais bien beau me le dire, je savais qu’au courant de la dernière année, nous nous étions tous un peu isolé dans notre univers personnel. Pierre-Antoine avait sa vie à lui. À l’autre bout du monde, le pied dans des valises, sa vie était à des kilomètres de la mienne. Philippe, lui, avait compris à quel point j’étais incapable de le laisser dans ma vie avec ses enfants quand j’avais perdu ma fille. J’avais toujours été conservatrice dans mon âme. Je n’avais jamais dévié du plan. Sauf qu’hier, je l’avais fait. J’avais découvert la délinquance que je n’avais pas connue avant. Et voilà que devant mon frère, j’affichais un simili-bonheur et que je me surprenais à rire. Visiblement, cette cuite en valait la peine parce que je me sentais vivante. C’était nouveau comme sensation. « Un soir sur treize ans, pauvre de toi ! » dit-il avec un sourire. Je le fusillais du regard juste par principe. Je savais que mon mari n’était pas nécessairement le genre d’homme qui plaisait à mon frère. Mais son Michael n’était pas mon genre non plus. J’avais quelque chose pour les bras rassurant de mon mari. C’était idiot mais j’avais oublié au courant de la dernière année. L’odeur de mon mari n’évoquait ni l’odeur d’une savane africaine, ni celle de la forêt amazonienne. Au même titre, la couleur de sa peau ne rappelait pas grand-chose si ce n’était pas la couleur d’un nuage. Mais je m’en foutais un peu. À sa manière, mon mari était exotique. Il était mon petit bout de soleil. Pour la première depuis trop longtemps, hier, je l’avais réalisé. J’aurais aimé qu’il n’aille pas eu à aller travailler.« C’était tout un soir! Remarque que c’était peut-être parce que l’on était tous les deux en abstinence depuis la dernière infection d’Olivia alors… » dis-je en prenant conscience que mon frère ne comprenait sans doute pas ce qui faisait en sorte que cette première soirée de débauche était un véritable présent dans mon cas. J’avais repoussé mon mari pendant un an et je me surprenais moi-même à être possessive de son nom devant mon frère même si je savais que leur relation était loin d’être parfaite. Preuve : mon frère rigola un peu en disant : « Promis, je touche pas à monsieur pyjama. » Je lui tirais la langue avec la maturité d’une petite sœur. J’avais le droit, j’étais le bébé de ma famille. Okay, j’avais tapé le stade de la trentaine depuis un moment déjà, mais ça fonctionnait encore et toujours. Avec un petit sourire entendu et suffisant, je viens dire à mon frère : « Bien, je ne partage pas mes jouets. ». Le double sens ne me déplaisait pas. Je redécouvrais le côté lubrique. Je prenais un véritable plaisir à voir l’espèce de rictus de dégout qu’il y avait sur son visage. Tant pis. Ça me faisait plaisir pendant un tout petit instant d’étaler mon bonheur même si visiblement ça ne plaisait pas à mon frère. La preuve fut cette manière qu’il eut de en fuyant le mien. « Je ne veux rien savoir de plus Prudence. Etrangement, je préfère garder de Théodore une image habillée vois-tu ! » Je lui tirais de nouveau la langue. Je savais très bien qu’il ne voulait pas parler avec moi de ça. Mais mon mari n’était pas là pour me permettre d’analyser la situation. Et j’avais besoin de le faire. J’avais toujours été le genre à trop analyser. Sur ce côté, j’enviais Pierre. Il suivait toujours son instinct. Son cœur le portait. Moi, c’était que mon cerveau qui dominait ma vie. C’est pourquoi dans un effort de justifier mon geste, je dis d’une petite voix : « Mais je suis pratiquement certaine que je lui ai demandé de me faire un bébé. » Ce n’était pas le genre de chose que l’on voulait que notre petite sœur lui dise. La phrase avait finalement trouvé son chemin jusqu’à mes lèvres. Soudainement, je me trouvais particulièrement conne d’avoir dit ça. Je m’attendais presque à ce que mon frère m’engueule pour avoir dit ça. Je rougis comme pas possible. « C’est pour ça que je ne boirais plus jamais d’alcool ou du moins une bouteille et demi avant qu’il revienne à la maison. », dis-je avec une petite voix. Parce que j’étais complètement au courant des statistiques. Le fait d’avoir eu un enfant atteint nous mettait à risque d’avoir un autre enfant malade. Nous étions tous les deux porteurs du gène défectueux. Dans soixante-quinze pourcent des chances, nous avions un enfant en santé. Un porteur sain comme nous ou un enfant qui ne l’avait simplement pas. Mais vingt-cinq pourcent des couples comme nous donnaient naissance à un enfant malade. Le fait d’avoir eu Olivia pendant dix ans n’enlevait aucune possibilité. Si jamais je retombais enceinte, l’enfant pourrait être aussi malade que notre première-née. La seule idée me broyait le cœur maintenant que j’étais sobre. Je serais tellement incapable de survivre à l’idée de perdre un deuxième enfant.

La conversation dévia à nouveau sur ce qui venait d’amener mon frère dans cette ville. J’étais naturellement étonnée qu’il demande ou était mon mari et à quelle heure il revenait à la maison. Je m’essayai à l’humour. C’était fort probablement un des restants de cette soirée de déchéance qui me fit sourire. Mon frère me regarda en pouffant de rire. J’avais été tellement sérieuse au courant des deux dernières années. Parce qu’il fallait être sérieuse quand notre vie déconnait et quand notre enfant avait besoin de nous. « Absolument pas, j'essaie plutôt de savoir pour quand la maison doit être rangée et mon discours d'arrivée bien rodé. » Je penchais la tête, un discours? Pourquoi un discours serait nécessaire? J’entamais d’une voix séreuse : « Il pourrait avoir sa partie à faire pour le ménage… on peut lui en laisser. » dis-je. Mais je savais pertinemment que ça m’énerverait. Chaque chose avait sa place dans mon petit univers. Avec un petit sourire, je rajoutais. « Mais pourquoi as-tu besoin d’un discours mon cher? » parce que j’étais ici incapable de contrôler ma curiosité. Et sans me vouloir blessante, je rajoutais en un même souffle. « Si c’est pour nous annoncer un mariage avec qui tu sais… je te jure que je vais te chicaner. »

[HJ: je suis vraiment sincèrement désolée pour l'attente et pour la réponse qui n'est pas à la hauteur. Tu mérite tellement mieux pour deux mois d'attente. Mon inspiration revient lentement. Je m'excuse que ce n'est pas super!]
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MessageSujet: Re: Le laboratoire [pv Pierre-Antoine] Dim 14 Sep - 20:57

Léon Tolstoï a écrit : ❝ Toutes les familles heureuses le sont de la même manière. Les familles malheureuse le sont chacune à leur façon. ❞



Prudence et Theodore avaient eu leurs instants de débauche et Dieu seul sait comme tous les deux mériteraient d'en connaître plus souvent. A enlever ainsi ses plus beaux archanges à ce monde, le Tout-Puissant pouvait au moins permettre aux malheureux parents de connaître des soirées de pur relâchement ! Surtout que le sexe n'avait de ça rien d'immoral, jusqu'à temps que l'on reste dans les voies sacrées du Seigneur et qu'on ne pénètre jamais l'autre entrée. Une pensée sarcastique à l'égard de cet homme me fit sourire dans mon for intérieur. Je nourrissais une tendre haine qui jamais ne me quittait et une profonde et virulente ironie pour ce Dieu prié par une grande majorité qui ne leur faisait pour autant jamais aucun cadeau.
Je ne voulais rien savoir de leurs ébats, préférant garder un tant soit peu de pudeur dans cette maison. Prudence se moqua une seconde de mes précautions mais elle finit par ajouter, d'une petite voix, qu'elle était presque certaine de lui avoir demandé de procréer une nouvelle fois. Je tiquai, craignant d'avoir mal entendu, mais la mine gênée de ma sœur m'ôta tout soupçon. D'une, elle m'avait réellement révélé ça à moi, son frangin certes, mais tout de même ! De deux, elle était aller demander ça à Theodore. Impossible pour moi de comprendre. Comment une mère, qui a connu la douleur de perdre jusqu'à un morceau de son âme, peut seulement vouloir reprendre le risque ? Je m'efforçai de ne rien laisser transparaître, haussant simplement les épaules. J'avais bien une phrase un peu lubrique pour changer de sujet mais je considérai qu'elle était mieux dans ma tête, cloisonnée. Prudence finit par conclure qu'elle ne boirait plus. J'opinai du chef en silence, décidant que mes critiques méritaient d'être tues.
Lorsque, pour finalement en venir à une autre conversation, je cherchai à savoir quand Theodore rentrerait, Prudence joua un peu avec l'humour, ce qui ne lui allait pas trop mal. Ses efforts pour aller bien semblaient payer, même si c'était toutefois réalisé avec un peu de timidité. Je la prévins alors qu'il fallait finir le ménage avant son retour et que j'avais à prévoir mes mots pour lui expliquer ma présence. Elle m'assura qu'il pouvait ranger aussi. C'était vrai : deux à coucher, deux à ranger. Mais tout de même, Theodore aurait peut-être un peu de mal à accepter que j'ai vu la scène du crime dans toute son authenticité.

-Juste, il va peut-être pas trop aimer que j'aie vu tout ça... dans cet état-là je veux dire.

Je souris d'un rictus explicite. Que j'ai vu son caleçon, ton soutien-gorge, les bouteilles d'alcool laissées là... Ce genre de choses délicates à assumer, parfois.
Elle m'interrogea sur la nécessité d'un discours et je compris que mon ambiguïté allait me causer des torts. Prudence se jeta dans la brèche et émit l'hypothèse d'un mariage. Je déglutis en me plantant les ongles dans les paumes des mains. Avec qui-tu-sais.
Quoi faire ? Vite, une solution. Je pris un air mi-déçu mi-amusé et lâchai :

-Tu m'as eu. Tu sais bien que j'ai toujours eu un faible pour Voldemort... Puis, m'approchant d'elle, je lui donnai une petite tape derrière la tête en ajoutant : Voyons, dis pas de bêtises. Juste... il faut que je lui explique que j'ai l'intention de rester ici, avec les bons mots tu vois.

Je m'éloignai un peu, redirigeant mon attention vers les bouteilles qu'il fallait porter dans le bac à recyclage. J'avais promis d'y aller, il était temps de m'exécuter. Et puis, j'en avais un peu besoin pour réfléchir à ce qu'il me faudrait dire.

-Je vais les jeter !

Je craignais de n'avoir pas réagi assez spontanément, qu'elle m'ait flairé. S'il y avait une chose que je refusais, c'était d'avoir à parler de Michael avec Prudence. Son indiscrétion ne me mettait jamais mal à l'aise. Juste que j'étais toujours trop triste de notre relation irrégulière. Rien que penser à lui me rappelait tout ce qu'il était. Son parfum et sa voix. Et me submergeait alors une nostalgie toute particulière.
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MessageSujet: Re: Le laboratoire [pv Pierre-Antoine] Dim 28 Sep - 0:38




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Dans les deux dernières années, pendant que ma fille avait commencé à être plus sérieusement malade, je m’étais très sincèrement demandé pourquoi nous faisions des enfants. J’avais bien beau très bien connaître les théories que l’homme est un animal et qu’au même titre que les singes ou les baleines, l’humain veut assurer la survie de son espèce. Sauf que perdre ma fille avait été une expérience douloureuse. Nous ne sommes pas faits pour penser que nous survivrons à nos enfants. C’est contre nature. J’avais eu l’impression que j’avais cessé de respirer quand ma fille avait rendu son dernier souffle. Ça avait été comme si j’aurais hurlé pendant des mois sous l’eau. J’avais bien beau avoir mon mari. Je refusais d’admettre qu’il pouvait avoir aussi mal que moi. Et puis après tant de mois à hurler silencieusement, jamais je n’aurais cru que j’aurais été celle qui formulerait la demande d’avoir un autre enfant. Sauf que le vide, le vide laissé par l’absence de ma fille était omniprésent et envahissant. Je voulais qu’il disparaisse le vide. Je voulais le combler. Juste le fait de verbaliser le fait que je voulais un autre enfant me semblait d’une stupidité extraordinaire. Je fus soulagée que mon frère choisisse de ne rien dire sur le fait que j’avais demandé à mon mari de me faire un autre enfant pour combler le trou béant. Je savais les risques et il savait que je savais. J’étais une adulte après tout. Avec un petit sourire un peu triste, je m’égarais dans mes pensées. Je n’étais pas une personne brillante, j’avais juste eu envie de me sentir comme dans les films. Vivante. Terriblement et horriblement vivante.« Juste, il va peut-être pas trop aimer que j'ai vu tout ça... dans cet état-là je veux dire. » me dit-il avec un rictus explicite. Je me sentais exposée de la sorte. Il en avait vu beaucoup trop et je savais que mon mari ne serait pas nécessairement chaud à l’idée que mon frère m’ait aidé à faire le ménage. Lentement, je passais une main sur mes yeux et je soupirais bruyamment. Merde. Je n’avais pas envie que mon mari sache que mon frère avait vu l’étendue de notre indécence « Il n’y a rien qui oblige qu’il sache que tu as vu tout ça, tu sais… Je suis la wonder-woman du ménage surtout en lendemain de veille. », déclarais-je en rigolant. Bon, je devais avouer que j’étais assise sur un sofa depuis quelque instant et que je laissais à mon frère la tâche de ménage. Mon dieu, je n’avais pas autant souri que ce que je faisais présentement en près d’un an et demi. Je n’avais simplement pas réalisé à quel point tout ça m’avait manqué. Le bonheur… oui. Je m’étais ennuyée de ce doux sentiment de légèreté que je ressentais. Sauf que malgré tout, quand mon frère mentionna qu’il avait quelque chose à nous demander à Théodore et à moi, sans bien le vouloir je fus blessante. Nous avions un tabou dans la famille. Je n’aimais pas parler de ma fille. Mon frère n’aimait pas parlé de sa relation complexe avec son amant. Il avait une relation en dent de scie. Et une petite partie de moi considérait quasiment ouvertement que mon frère méritait vachement mieux qu’un idiot de la pire espèce qui ne faisait que partager un tout petit moment de bonheur avant de le ruiner. Mon grand frère méritait une belle histoire romantique avec un grand A. « Tu m'as eu. Tu sais bien que j'ai toujours eu un faible pour Voldemort... » me dit-il avant de me donner une légère tape à l’arrière de la tête. Je grognais. L’humour compensait pour mon manque de tac qui faisait sérieusement peur. Sauf qu’il savait sans doute que j’avais un mal de crâne de la mort. Je me dis que je l’avais très bien mérité. « Voyons, dis pas de bêtises. Juste... il faut que je lui explique que j'ai l'intention de rester ici, avec les bons mots tu vois. » J’eus un tout petit sourire. L’idée que mon frère veuille rester ici n’était pas pour me déplaire. J’avais justement une belle relation avec Pierre. Il ramassa les bouteilles et s’en alla pour aller les porter dans le bac. « Je vais les jeter ! » me dit-il. Je le laissais faire. Je réalisais très honnêtement à quel point ce que j’avais dit était gratuit. Je ne voulais pas qu’il soit ainsi fâché. Ce n’était pas de sa faute s’il s’était entiché pour un homme que je n’aimais pas. Il n’avait pas une belle relation avec mon mari mais il ne s’était jamais permis de faire des commentaires aussi blessants. Je me rapprochais doucement de lui et je viens grogner : « Aie… tu sais que j’ai un de ses mal de crâne. » j’eus un tout petit sourire d’une délicatesse inouie. Lentement, je pressais ma main contre ma temple et je fis des petits cercles sur le bord. La tape n’était pas nécessaire mais toute fois mérité. « Je m’excuse, frérot. C’était méchant de ma part. Tu fais ce que tu veux de ta vie sentimentale, je suis mal placée pour parler. » Mal placée parce que malgré la stabilité de mon couple, j’étais quand même quelqu’un de passablement blessée et dont la vie de couple était un peu difficile depuis un an. Après tout, mon frère n’était pas au courant que mon mari et moi n’avions parlé pendant près d’un an. Un silence, que je brisais.« Ma maison te sera toujours ouverte et je peux m’arranger avec Théo si tu ne veux pas avoir à faire un discours tu sais… »

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Le laboratoire [pv Pierre-Antoine]

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