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Sound of silence. [ Aaron & William ]

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MessageSujet: Sound of silence. [ Aaron & William ] Jeu 24 Avr - 15:24



Sound of silence.

C'était la honte qui avait guidé les pas de William Livingstone jusqu'au n°19 Cresent Street. La honte, et le remord aussi. Quatre mois qu'ils le traquait, comme on débusque un gibier acculé. Ils s'étaient amusé de lui, avaient prit plaisir à le poursuivre, à l'épuiser progressivement. Ils étaient venu le chasser sur son propre territoire. Au début pourtant, ils s'étaient contenté de l'épier à distance, de convoiter leur proie avec le ravissement secret que l'on attribue aux voyeurs. Puis, lentement, ils s'étaient approchés. Le piège s'était refermé sur William, et avant même qu'il n'ait put s'en rendre compte, ses cruels traqueurs avaient tissés leur nids. Ils s'étaient nichés là, en son sein, juste contre son organe palpitant. Ils avait tissé leurs racines dans les boyaux du garçon, les tordant toujours un peu plus et étouffant davantage son coeur. C'est eux, cette douleur fixe qui dévorait ses chaires à chaque fois qu'il passait sans s'arrêter devant la porte d'entrée de la demeure Hamilton. Eux encore qui rationnaient sournoisement son air, lorsque le nom d'Aaron apparaissait sans prévenir, quand le jeune homme faisait défiler les messages sur son portable. Toujours eux qui assénaient ces mêmes coups contre sa poitrine lorsqu'il avait relu pour la centième fois l'article, cet article de Dirty Secret qui avait offert en pâture les destins d'une famille et de trois adolescents, pour apaiser le grondement sourd du peuple. Show must go on, pourvu que le public reste !

Alors qu'il passait la barrière des Hamilton, William ne put s'empêcher une œillade mélancolique au jardin. C'est dans ce même jardin qu'il avait joué une fois ou deux, avec la petite Tessa, du temps où la fillette n'avait pas encore recouvert la froideur cadavérique d'une figurine de porcelaine. Petit, justement, William lui avait toujours trouvé des airs de poupée, avec ses grands yeux bleus et ses cheveux chiquement ordonnés qui la rendait si jolie. Il lui été même arrivé de se dire que pour une fille, Tessa était quand même vachement chouette, et qu'il n'aurait presque pas râler de partager son gouter avec elle. Si seulement...
La révélation de ses meurtriers lui avait fait un sacré choc, à lui aussi. Non pas qu'il ait été très proche d'elle dans les années qui avait suivi – Aaron, c'était plutôt pour lui que William se déplaçait dorénavant-, mais parce qu'il l'avait connu. Elle n'était pas une simple morte, sans nom et sans histoire, elle était Tessa, la fille des Hamilton, la soeur d'Aaron, la fille cadette de la fratrie Hamilton. Il pouvait placer un visage sur ce corps sans vie. Elle avait été quelqu'un, quelqu'un d'appréciée, quelqu'un de d'appréciable. Et pour toutes ces raisons, sa mort, son meutre ne devait pas rester inaperçue, comme un simple nombre qui viendrait grossir les statistiques de mortalité juvénile. Ils devaient s'en souvenir. Ils le devait.
Il aurait voulu dire tout ça à Aaron. Il aurait voulu le voir, s'excuser même à plat ventre s'il l'avait exigé, se faire pardonner d'avoir tant tardé à venir. Il aurait aimé lui dire, tout lui dire, trouver les mots justes pour lui arracher un demi-sourire, une once d'apaisement, mais il était à peu prés persuadé qu'au moment venu, ses mots resteraient cachés au fond de sa gorge. Seul un discours bancal, et déformé aurait put le remplacer, estropiant les nobles pensées qu'il avait souhaité formuler.

Ignorant l'anxiété qui tentait sournoisement d'anéantir ses projets, William sonna a la porte. Dix secondes. Trente. Une minute. Deuxième tentative ; pas mieux. Partagé entre un soulagement méprisable et une réelle déception, le garçon dut se rendre à l'évidence : personne ne viendrait lui ouvrir aujourd'hui. Autant retenter sa chance le lendemain.
Mais alors que l'adolescent s'apprêtait à faire demi tour, un bruit de porte que l'on claque se fit entendre, sur le côté de la maison. Il immobilisa son geste.

« - Eh, y'a quelqu'un ? »

Pas de réponse. Intrigué, William fit demi tour, bien décidé à trouver la source de ce bruit. Et c'est ainsi que ses recherches le menèrent sur un Aaron Hamilton, comme William ne l'avait encore jamais vu.

Là, tapis au fond de son abdomen, la honte et le remord ricanaient du bien vilain tour qu'ils lui avait joué.


Dernière édition par William Livingstone le Jeu 15 Mai - 21:15, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Sound of silence. [ Aaron & William ] Sam 26 Avr - 21:05




Un proverbe chinois dit : ❝ La volonté permet de grimper sur les cimes ; sans volonté on reste au pied de la montagne. ❞



Liberté. Je pense à toi la nuit, je rêve de toi le jour. Tu es comme une amie d'enfance. Je me rappelle de ta voix quant ton visage reste flou. J'ai l'impression de t'avoir bien connue il y a longtemps.
Il y a fort fort longtemps.
Désormais, tu m'évites. Tu me gardes éloigné de toi, à distance. Comme si tu ne voulais plus me voir, plus m'entendre, plus me toucher. Mais tes caresses en souvenir me procurent une telle extase. Pourquoi ne puis-je plus t'espérer à mes côtés ? Qu'ai-je fait pour ne plus te mériter ?
Ah oui, j'ai trahi ma sœur. J'ai cru aux mensonges qu'on m'a vendu. Tu as raison Liberté, va tend. Laisse-moi. Laisse-moi subir les regrets. Je suis bien trop pitoyable et misérable pour rêver à toi, rêver à nous.

Fini Aaron le bûcheron. Il n'y avait plus d'arbres à couper. Les défenseurs de l'environnement manquaient de nous tomber dessus, mon père a préféré me réorienter. Je m'occupe de la barrière aujourd'hui. Il faut repeindre. Tout en blanc, tout en beau, tout bien. Rien que l'idée m'énerve. Le passé ne s'efface pas avec un coup de pinceau. Les rainures, les échardes, les blessures. De la clôture à moi, même combat. Sauf que personne ne veut me repeindre.
Malgré tout, je me suis attelé à la tâche. Contre l'ennui, j'aurai tout donné. Dès que je commence à m'ennuyer, le sourire de Tessa vient me hanter. Son sourire, son accident. Et les silhouettes de ses amis – mes amis – derrière elle à s'enfuir. Comment oublier ? M'activer, m'enivrer de tâches plus stupides les unes que les autres. Prendre la voiture, filer courir des heures. Frapper dans mon sac de sable ne m'apporte plus tant de réconfort. Massacrer des troncs à la hache non plus. Peindre m'énerve dès le premier coup de pinceau. Que puis-je bien faire pour m'occuper ?
Une voix me surprend. Je lâche le rouleau blanc de peinture dans le pot et me lève. Ai-je rêvé ? C'est possible. Jour et nuit se confondent comme ciel et mer en pleine tempête.

-Toi et tes grandes oreilles vous écoutez aux portes ou quoi ? Je demande au garçon qui s'approche, le toisant d'un drôle d'air avant de rajouter, Ok, je rigole. C'était mauvais mais ça fait longtemps que je me suis pas essayé à l'humour, désolé.

Un sourire désespéré se fige sur mes lèvres. Je glisse une main derrière ma nuque pour m'ébouriffer l'arrière du crâne et les cheveux.
William. Depuis combien de temps ne l'ai-je pas vu ? Une éternité j'en ai bien peur. Sous mon tee-shirt blanc, il peut deviner comme je maltraite mon corps. Trop d'effort, pas assez de repos. Moi qui l'ait toujours poussé à gérer son alimentation et sa vie pour tout déchirer pendant les matchs, ma crédibilité en prend un coup. Modèle d'un jour, modèle de toujours ? Je n'en suis pas si sûr. Mais malgré tout, je n'ai comme qui dirait rien à perdre.
Une idée germe dans ma tête. Oui, s'il acceptait, je serai le plus heureux des hommes de ma condition. Des damnés donc.

-Ca te dit d'aller camper ?


Dernière édition par Aaron Hamilton le Jeu 15 Mai - 19:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sound of silence. [ Aaron & William ] Dim 27 Avr - 17:01


Sound of silence.

D'aussi loin que William pouvait s'en souvenir, il avait toujours regardé Aaron avec ses yeux de gosse admiratif. Lui, le sportif insatiable, le garçon populaire, lui, l'amant désirable. Lui, qui avait tout. C'était à cette image lisse, vierge de tout souillures, que William voulait ressembler. Un objectif qui semblait inatteignable, un but qui, comme un animal effarouché prenait la fuite, à chaque fois que William venait l'effleurer. Dieu savait qu'il s'y accrochait, à ce fantasme de l'adolescent absolu, de l'homme en devenir. Au fil des années, Aaron Hamilton avait peu à peu évolué, pour ne devenir non pas seulement une personne, mais plutôt un concept, une marque de prestige. C'était une signature. Une invitation au rêve. Un gage de qualité. C'était marquer un essai à la Aaron. S'habiller à la Aaron. Ecrire à la Aaron. Vivre à la Aaron.
Sans vraiment s'en rendre compte, c'était ainsi que William avait calqué ses pas sur les siens. Ainsi qu'il s'était jeté corps et âme dans le sport, ainsi qu'il avait étouffé ses soupires dans les courbes  accueillantes des filles pendant ses rares temps morts. Ne jamais s'arrêter. C'était ça, le secret. Ne jamais s'arrêter. Ne jamais reprendre son souffle. Cultiver cette image satinée d'un garçon  assuré. Paraître léger. Et surtout plaire. Ne jamais dévoiler la fébrilité qui l'agite, l'impatience sourde qui résonne dans son coeur, qui résonne à en étouffer tout le reste.
Bercé par les litanies qu'il avait lui même composé, William avait naïvement pensé que les choses ne changerait jamais. Qu'elles resteraient ainsi éternellement. Il se sentait en sécurité, au coeur de l'abri antiatomique qu'il avait battit de ses fantasmes d'adolescent adoratif. Et aujourd'hui, William ouvrait enfin les yeux. Ce n'était pas un demi dieu qui se tenait devant lui. Ni même un de ces héros de dessins aminés. C'était un homme, un homme avec ses fêlures, son mécanisme bancal. Un homme fait de chaire et d'organes, de palpitations et d'angoisses, de coups de sang, et de piles de nerfs. De côtes amaigries. De cernes obscures. De mains entaillées. Un imposteur. Un imparfait.
C'était une idole de carton plâtre, une divinité incompétente. Il était tout ça, tout ça à la fois, mais le plus important, c'était qu'il restait à jamais le héros que William s'était choisi.
Pour la première fois depuis qu'il avait franchit la porte de ce jardin, l'adolescent se senti enfin apaisé à cette idée. En entendant la proposition de ce dernier, cette accalmie se transforma en un sourire franc et sincère. Il s'approcha, et lui asséna une tape sur l'épaule avec un rire affectueux.

« - Mec, je te préviens, la nuit je prends toujours la place du milieu. »


•  •  •


Plus tard, après que le campement ait été monté, que la tente se soit une fois de plus effondrée, que les garçons se soient accidentellement prit au piège sous la toile, que les sardines ait été perdues puis retrouvées, que William se soit asséné un coup de maillet sur les doigts, qu'il ait pesté des jurons absurdes dont il ne soupçonnait même pas l'existence, et après qu'ils ait fini par trouver un petit point d'eau où ils purent se débarbouiller les mains, les péripéties de la journée avait finies par leur laisser un arrière goût agréable, comme ces aventures improbables dont on se remémore avec emphase, en  en mystifiant le souvenir. Enivrés par leurs délires de retour à l'homme primitif, Aaron et William s'étaient même accordés pour partir à la chasse au gibier. Malheureusement, les bestioles qui les entouraient avaient l'habitude de ce genre de péquenots de villes, trop bruyants et repérables pour être vraiment redoutables. Ils s'étaient rit d'eux, lorsqu'ils avaient prit le chemin du campement avec un misérable lapin à se partager à deux. Pourtant, ce malheureux butin les avait rempli d'orgueil, et ils l'avaient préparer avec un enthousiasme enfantin. William en avait même profité pour railler Aaron, sur ses études de journalisme culinaire.

« - Alors Masterchef, qu'est ce que tu nous prépare, ce soir ? Terrine de lapin confit sur son lit d'air brassé ? »


Ses enfantillages le faisait rire tout seul. A vrai dire, un rien l'aurait amusé. Il avait l'impression d'avoir retrouvé son Aaron, et cette perspective le plongeait dans une plénitude enivrante. C'était lui, c'était eux... Une rétrospective nostalgique de leurs vies d'antan.
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MessageSujet: Re: Sound of silence. [ Aaron & William ] Jeu 15 Mai - 19:33



Un proverbe chinois dit : ❝ La volonté permet de grimper sur les cimes ; sans volonté on reste au pied de la montagne. ❞



Ma proposition a un je-ne-sais-quoi d'indécent. Le genre qui ne se refuse pas, mais qu'il n'est pas bon d'accepter non plus. Le genre de pacte tacite avec le Diable. Mais quel Diable charmant ! D'un côté, je suis à peu près certain que William acquiescera, qu'il m'emmènera camper loin de Magnolia, là où la montagne et la forêt se mêle dans les odeurs musquées de la nature, mais d'un autre, je crains que ce voyage ne le change à jamais. Prenez un enfant, faîtes-en un roi. Élevez-le au-dessus de tout, montrez-lui que rien ne l'enchaîne au sol, qu'il peut voler, qu'il peut nager, qu'il peut devenir un homme. Marchez devant lui, qu'il grandisse dans votre ombre, qu'il perçoive de très loin comme la réussite sent bon. Avancez, encore et encore. Dégagez de son chemin les ronces, les branches, les obstacles. Et puis un jour, quittez le sentier. Laissez la lumière dévorer l'enfant, désormais adulte. Regardez-le paniquer, excité, terrifié, quand le soleil lui mord la peau. Souriez en le voyant se battre avec les obstacles, commencer à pleurer. Sa première chute. Et puis une autre. Le voilà votre roi, enfant roi bordé de soleil à la peau blanche zébrée de griffures rouges. William, mon enfant roi.
Mais lui, plus fort et plus grand que moi, il est prévenant. Il est robuste, il est courageux. Il ne s'est pas contenté d'avancer dans mon ombre. Il a appris, l'oeil vif et intrigué. Il a grandi. Et quand le chemin devant lui s'est éclairé, sans que je m'en aperçoive, il avait déjà des marques sur la peau. Les marques de la vie. L'amer du sang et la saveur de la douleur dans la bouche.
L'enfant roi accepte.


Like a Star @ heaven


Le feu crépite sur le bois sec. Le lapin est presque prêt, la peau commence à prendre de jolies couleurs qui me font saliver. Depuis quand n'ai-je pas eu fatalement envie de manger ? La vengeance est un plat qui se mange froid, et à n'importe quelle heure de la nuit et du jour. Une pensée qui reste dans un coin de votre tête, infatigable. Une acharnée, une chevauchée infernale sur une musique d'enfer. La vie, du reste, j'en ai oublié le goût.
William est heureux, je crois l'être aussi. Il y a ce sourire sur mes lèvres qui ne trompent personne. Ce sourire que j'espérais tant revoir dans le miroir. Celui qui me rappelle Aaron Hamilton, avant.
Je tourne le lapin dans la casserole. L'avoir dépecé, l'avoir découpé, l'avoir chassé. L'avoir mérité, en quelques sortes.

-Je ne sais même pas ce que je vais faire l'année prochaine. J'pense arrêter et me mettre à bosser. Enfin, j'y songe de plus en plus, même si c'est pas fait.

Me mettre à nu devant William, c'est dur. Mais j'ai confiance, j'ai espoir. Il est grand, il n'a plus besoin de moi, il saura reprendre pied quand il réalisera plus tard que son modèle à lui, son modèle de toujours, vient d'exploser. Je finis par sortir la casserole du feu, je me brûle au passage, grimace, secoue ma main sitôt débarrassé de la poignée brûlante.

-'Tin je suis devenu con ou quoi ma parole ? Sifflai-je pour moi-même sans y porter grande attention. Et toi, tu en es où ? Je tends la main vers les gamelles derrière lui pour nous servir.
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MessageSujet: Re: Sound of silence. [ Aaron & William ] Dim 1 Juin - 3:35



Sound of silence.

La nuit est une noirceur insidieuse.
Chaque soir elle se dévoile, en nappes crépusculaires, au milieu des noctules et des ombres étirées. Comme une veuve craintive, elle se cache dans l'ombre, et ne dévoile que dans l'obscurité ses sombres habits de deuil. Mère miséricordieuse, elle noie en son sein toutes entités. Elle pardonne tout, accepte tout le monde. Pas un seul de ses enfants ne sera écarté. Contre sa poitrine aimante, elle berce les bons comme les mauvais, les forts comme les faibles, les oppresseurs comme les opprimés. Elle murmure délivre son absolution au creux de leurs oreille, comme une berceuse tendre aux paroles oubliées. Sa noirceur absolue aux reflets de pétrole estompe l'abominable, un écrin de mains posées sur des paupières. Entre ses bras, tout paraît plus doux, plus calme. Plus facile.
Du moins, tout lui paraissait plus facile, cette nuit là. Au côté d'Aaron, William se sentait apaisé, soulagé. Il se sentait libre d'être lui, seulement lui, seulement ce grand garçon impétueux et passionné. Celui qui pouvait parler librement, sans craindre le jugement, la réprobation, l'incompréhension. Ce soir, il n'était ni quaterback populaire. Ni fils prodige. Ni amant expert*. Il n'avait ni trône à gagner, ni foule à convaincre. Il n'y avait que lui, lui et Aaron, lui et leur étrange connexion. Récréation salutaire dans leurs rythmes éperdus, ils s'étaient tout les deux empressés jusqu'à l'implosion, et Aaron récoltaient à présent que les miettes de sa vie éclatée. Mais, William l'espérait, il ne renoncerait pas. Ils ne l'avaient jamais fait. Il se relèverait, tôt ou tard, tenant au creux de ses paumes sa confiance rafistolée et ses bleus à l'âme. Il se relèverait, car il était comme lui, bâti du même bois sec, noueux et robuste, dont on fabrique les pugnaces.

« - Ah ouais ? Et t'as une idée en tête ? »

Se projeter dans un avenir encore incertain lui foutait un drôle de coup. Eux qui, il n'y a pas si longtemps s'en tenait encore aux préoccupations d'enfants, les voici à présent forcé d'endosser des vêtements de grands. William accepta toutefois de se plier à ce charmant rituel.

« - Je viens de valider ma première année à Princetown. J'étudie là bas avec Sara, tu sais... C'est à perpet', ma mère avait même parlé de prendre une chambre là bas mais... Je sais pas, j'me vois pas trop partir là bas seul, tu vois. »

Il s'approcha pour assister son ami dans sa manœuvre périlleuse, et rajouta, ajouta avec un léger rire :

« - Eh, dans tes grands projets de reconversion, t'as jamais pensé à devenir pion à Princetown, dis moi ? »
Se saisissant avec prudence d'un morceau de chaire, William le porta à ses lèvres, pour en découvrir les arômes. Tapie au milieu des ombres, la nuit observait avec des œillades bienveillantes ses fils d'adoption, se repaître du festin qui les attendait...


*:
 
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MessageSujet: Re: Sound of silence. [ Aaron & William ] Dim 22 Juin - 12:21



Un proverbe chinois dit : ❝ La volonté permet de grimper sur les cimes ; sans volonté on reste au pied de la montagne. ❞



Il est si jeune par rapport à moi. Seulement quelques années mais je le sens parfaitement innocent et je m'en veux de salir son enfance qui s'égraine déjà trop vite. Il doit sentir ses tendres souvenirs de gosse s'échapper comme de l'eau qu'on veut saisir. Cette sensation est infâme. On croit perdre l'essence même de qui on est. Personnellement, j'ai tout perdu. Les sourires de Tessa, les amours de Lily, les parties de football avec Nate. Il ne me reste que les nuages gris et l'orage qui gronde. Je remue le ciel, le jour, la nuit, je danse avec le vent, la pluie, mais rien n'y fait. Ils sont perdus à jamais dans l'immensité de ce monde qui me débecte et m'insupporte. Adieu, petit Aaron. Reste en paix.
Lorsqu'il m'interroge sur mes possibles idées d'avenir, je secoue négativement la tête. J'ai un peu l'air d'un charlatan à m'inventer une vie au fur et à mesure, à ses côtés. Mais à part retrouver les longs services du midi et du soir des restaurants bondés de New-York, rien ne me vient. Je ne suis pas spécialement doué mais j'ai toujours le droit à un plat gratuit. Et vu ma qualité de vie lorsque je deviens indépendant, ce n'est pas négligeable.
Loin d'avoir envie de parler de moi, je préfère écouter ce qu'il a à me dire. A l'université, avec Sara – sa petite-amie si je ne m'abuse – à Pricetown. En effet, ça fait un peu de trajet tous les matins. Mais un sourire naît sur mon visage : voilà William serein dans une vie de pré-adulte et cela me rassure. J'ai l'impression d'avoir fait ma part du boulot, de l'avoir accompagné dans ses années de lycéen avec suffisamment de générosité et de bonté pour le voir conquérir le Monde des Grands.
Je soulève la louche et le garçon s'approche pour faciliter ma démarche. Je lui sers un gros morceau du gibier ; chasser ouvre les appétits instinctifs que l'on force à rester cachés. Et c'est là qu'il me propose de devenir pion à Princetown, le drôle. J'écarquille une seconde les yeux, manquant de me brûler à nouveau, avant de me ressaisir.

-Y'a besoin de pions pour vous surveiller ? Je ris presque mais ça ressemble davantage à un rire muet. Dans ma fac de journalisme, je n'ai jamais vu un seul pion !

Ou peut-être ne les ai-je pas vu ? Je me souviens des premiers cours, quand l'excitation de l'après-lycée me poussait à me renseigner sur tout et n'importe quoi, à lire je-ne-sais-plus combien de journaux juste pour me cultiver et m'imprégner de cet univers qui ne me ressemblera, en effective, jamais.

-Mais sinon, tu aurais pu prendre une chambre avec Sara non, à Pricetown ? Enfin, c'est que trois-quart d'heures de route, c'est pas la mort non plus mais bon.

Peut-être finira-t-il par sentir mon envie inexorable d'éviter de parler de moi, chose que je repousse avec plus d'entrain que pour faire fuir une mouche à bouse, mais je suis certain que parce que c'est William, il comprendra.
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